Plateforme de la facturation électronique en France ne se limite pas à la facture B2B. Elle introduit un dispositif distinct, parfois mal compris : l’e-reporting. Pour les commerçants et les artisans qui vendent à des particuliers, cette obligation va modifier la manière de transmettre les données de transaction à l’administration. Voici ce qu’il faut savoir pour s’y préparer sans paniquer.
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E-reporting : de quoi parle-t-on exactement
L’e-reporting est l’obligation de transmettre à l’administration fiscale les données relatives aux transactions qui ne passent pas par la facture électronique B2B obligatoire. Trois grands cas concernés :
- Transactions B2C : ventes aux particuliers (consommateurs finaux).
- Transactions internationales : ventes ou achats avec des assujettis étrangers (intracommunautaires et exports/imports).
- Données de paiement : statut de règlement de certaines factures B2B (utile pour le suivi du DSO et de la TVA sur encaissements).
Important : l’e-reporting concerne les données, pas les documents. Vous n’envoyez pas à l’administration vos tickets ou vos factures émises ; vous transmettez un agrégat structuré des montants encaissés.
À ne pas confondre avec l’e-invoicing, qui est la facturation électronique entre assujettis français (B2B domestique). L’e-invoicing transmet la facture document, l’e-reporting transmet les données.
Le calendrier 2026-2027
La réforme française, encadrée par l’ordonnance n° 2021-1190 et précisée par les décrets d’application, prévoit un déploiement progressif piloté par la DGFiP :
- 1er septembre 2026 : entrée en vigueur de l’obligation de réception de factures électroniques pour toutes les entreprises assujetties à la TVA, ainsi que démarrage de l’émission pour les grandes entreprises et les ETI. C’est aussi le démarrage du dispositif d’e-reporting pour les entreprises tenues d’émettre.
- 1er septembre 2027 : extension de l’obligation d’émission aux PME et micro-entreprises. À cette échéance, toutes les entreprises assujetties à la TVA en France sont concernées, en émission comme en e-reporting.
Les artisans, les commerçants et les TPE qui vendent à des particuliers sont donc pleinement concernés à partir de septembre 2027. Le calendrier précis et la liste des Plateformes de Dématérialisation Partenaires (PDP) sont régulièrement mis à jour par la DGFiP et le portail public de facturation (PPF).
Données concernées : ce que vous devez transmettre
Pour les opérations B2C, l’e-reporting porte sur des données agrégées par période :
- Chiffre d’affaires HT par taux de TVA (20 %, 10 %, 5,5 %, 2,1 %, taux DOM, opérations exonérées).
- Montant de TVA collectée correspondant.
- CA TTC total.
- Mode de paiement quand il est utile à la détermination de l’exigibilité de la TVA (notamment pour les prestations de services soumises à la TVA sur les encaissements).
- Période concernée (jour, semaine ou mois selon la fréquence).
- Nombre de transactions (sur la période).
Vous ne transmettez pas l’identité du client particulier (RGPD oblige), ni le détail ligne à ligne. C’est un flux statistique fiscal, pas un fichier d’analyse marketing.
Fréquence de transmission : 3 à 5 fois par mois
La fréquence d’e-reporting dépend du régime d’imposition de TVA :
- Régime réel normal mensuel : transmission 3 fois par mois (tous les 10 jours, environ).
- Régime réel simplifié : transmission mensuelle, avec une déclaration récapitulative.
- Franchise en base de TVA : pas d’e-reporting tant que la franchise s’applique (mais vigilance en cas de dépassement de seuil — voir l’évolution 2026 de la TVA pour micro-entrepreneurs).
- Régime réel normal trimestriel : transmission selon les modalités propres au régime (à confirmer dans les textes d’application).
L’envoi se fait via une PDP ou via le PPF, qui agrège les données et les transmet à la DGFiP. Aucune saisie manuelle sur le portail fiscal : tout passe par la voie machine-to-machine.
Sanctions en cas de manquement
Le Code général des impôts encadre les sanctions à l’article 1737 pour les manquements aux mentions obligatoires de facturation et à l’article 1788 D pour les manquements à l’obligation de transmission des données d’e-reporting :
- Amende de 500 € par transmission omise ou tardive (relevée par la loi de finances pour 2026), plafonnée à 15 000 € par année civile par entreprise.
- Risque de rejet de la déductibilité de TVA en cascade si l’administration constate des incohérences entre déclarations.
À ce barème s’ajoutent les éventuelles majorations en cas de mauvaise foi ou de manœuvres frauduleuses (article 1729 CGI).
Les chiffres restent à confirmer à la date d’entrée en vigueur — la DGFiP a affiché une volonté de pédagogie sur les premiers mois, mais les sanctions deviendront effectives dès que la phase d’adaptation sera close.
Exemptions et cas particuliers
Certains acteurs ou situations échappent à l’obligation :
- Micro-entrepreneurs en franchise de TVA : pas d’e-reporting tant qu’ils ne sont pas assujettis à la TVA. À surveiller en 2026 si les seuils de franchise sont réformés.
- Opérations exonérées sans facturation (certaines activités médicales, enseignement) : régime spécifique à vérifier.
- Particuliers vendant entre eux : hors champ (pas d’activité économique au sens TVA).
- Associations non assujetties : hors champ tant qu’elles ne facturent pas dans le secteur concurrentiel.
Impact concret pour commerçants et artisans
Pour un commerçant qui encaisse principalement en boutique
Le sujet est l’organisation logicielle. La caisse enregistre les tickets ; elle doit pouvoir produire un export quotidien ou hebdomadaire des données agrégées dans le format attendu, ou alimenter un logiciel tiers qui le fera. Beaucoup d’éditeurs de caisse intègrent déjà cette fonction ; à défaut, une passerelle est nécessaire.
Important : l’e-reporting ne remplace pas les obligations existantes (tenue de la comptabilité, conservation des justificatifs, déclaration de TVA). Il s’y ajoute.
Pour un artisan qui facture des particuliers
L’artisan qui émet déjà des factures à ses clients particuliers (BTP, dépannage, prestations à domicile, garage automobile pour particuliers) a une route plus simple : son logiciel de facturation collecte déjà les données structurées (montant HT, TVA, TTC, taux). Il suffit de transmettre l’agrégat à la PDP ou au PPF selon le calendrier choisi.
Une vigilance pour les artisans bénéficiant de la TVA à 5,5 % ou 10 % (travaux d’amélioration et de rénovation énergétique) : les taux doivent être correctement renseignés et la part « fournitures vs main-d’œuvre » identifiable, ce qui suppose des paramétrages propres.
Pour un garagiste qui vend à des particuliers
Un garagiste mélange souvent ventes de pièces, prestations de réparation et facturation à des assureurs ou des sociétés de gestion de flotte. L’e-reporting B2C concerne la partie particuliers. La part B2B reste sur l’e-invoicing classique. Un logiciel de gestion d’atelier capable de différencier les flux automatise la bonne ventilation.
Périmètre Kwixéo : focus facturation
Précisons un point pour éviter toute confusion : l’e-reporting de données B2C n’est pas une obligation de caisse certifiée NF525. Ce sont deux dispositifs distincts.
- La caisse certifiée NF525 porte sur le logiciel de caisse : inaltérabilité, sécurisation, conservation, archivage des tickets Z. Elle s’applique aux assujettis TVA qui utilisent un système de caisse pour enregistrer leurs paiements.
- L’e-reporting porte sur la transmission de données fiscales à l’administration. Il s’applique à toutes les entreprises assujetties qui réalisent des opérations B2C ou internationales.
Une TPE peut très bien tenir sa facturation et son e-reporting avec un logiciel de facturation moderne sans pour autant disposer d’un système de caisse au sens fiscal. C’est notamment le cas des artisans, des prestataires de services, des consultants, des garages qui facturent en ligne sans encaissement comptoir. Dans ce cas, c’est le logiciel de facturation qui agrège et transmet les données B2C.
Bien se préparer en 6 étapes
- Vérifier votre régime de TVA et la fréquence d’e-reporting qui en découle.
- Auditer votre chaîne de saisie : où sont enregistrées vos ventes B2C aujourd’hui ? Caisse, devis-factures, plateforme e-commerce, marketplace ?
- Choisir une PDP : la liste officielle est tenue par la DGFiP. Comparez prix, fonctionnalités, intégration avec votre logiciel actuel.
- Tester le format de transmission sur la base d’un mois de données simulées.
- Former l’équipe : qui clôture, qui vérifie, qui valide la transmission ?
- Mettre en place un contrôle mensuel : recoupement entre données transmises et déclaration de TVA, pour anticiper les écarts.
Conclusion
L’e-reporting B2C n’est pas une révolution mais une formalisation. Les données que vous transmettez correspondent à celles que vous déclarez déjà via votre TVA ; ce qui change, c’est la fréquence, le format structuré et la transmission automatisée. Pour les artisans et commerçants qui utilisent déjà un logiciel de facturation moderne, l’adaptation est essentiellement paramétrique. Pour ceux qui sont restés sur Excel ou sur des outils non connectables, la mise à niveau s’impose, en visant l’échéance de septembre 2027. À court terme, la priorité est d’identifier sa PDP et de tester le flux : mieux vaut un essai en 2026 qu’une amende en 2027.
Pour aller plus loin
- Dossier complet sur la facture électronique en France
- Logiciel de facturation Kwixéo conforme à la réforme
- Fidélisation client pour artisans et commerces avec un CRM
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