Conserver ses factures, c’est pouvoir retrouver les documents émis et reçus, les lire et justifier leur contenu pendant la durée applicable. Un dossier de PDF ou l’accès à un logiciel ne décrit pas toute l’organisation d’archivage : il faut aussi prévoir les originaux, les contrôles, les sauvegardes et la récupération des pièces.
Ce guide distingue les délais comptables et fiscaux, les factures électroniques et les copies de papier. Les références ont été vérifiées le 8 septembre 2026 ; la transition fiscale prévue pour 2027 est indiquée séparément.
Combien de temps conserver les factures : 6 ou 10 ans ?
Pour les entreprises soumises aux obligations comptables commerciales, l’article L123-22 du Code de commerce impose dix ans pour les documents comptables et pièces justificatives. Service Public précise le point de départ à la clôture de l’exercice pour les factures clients et fournisseurs.
Sur le plan fiscal, l’article L102 B applicable en 2026 prévoit en principe six ans, à partir de la dernière opération des livres ou registres, ou de l’établissement de la pièce. Ce délai ne dispense pas de respecter une obligation comptable plus longue.
Une évolution est déjà votée : l’article 36 de la loi du 25 juin 2026 porte ce délai fiscal à dix ans pour les documents et pièces dont le délai de conservation expire après le 1er janvier 2027. La version du LPF prévue au 1er janvier 2027 reprend cette règle. Elle peut donc concerner des documents antérieurs à 2027, pas seulement de nouvelles factures.
| Repère | Conséquence pour votre classement |
|---|---|
| Pièces comptables commerciales | Prévoir dix ans à partir de la clôture de l’exercice. |
| Délai fiscal applicable en 2026 | Identifier la date de départ et les autres obligations applicables. |
| Transition fiscale 2027 | Revoir les dates de suppression des pièces concernées par l’allongement. |
Exemple : pour des factures rattachées à un exercice clos le 31 décembre 2026 et soumis à la règle comptable de dix ans, prévoyez une conservation jusqu’au 31 décembre 2036 au minimum. Pour fixer une date de destruction, vérifiez également les règles particulières et les dossiers encore litigieux. La qualité de micro-entrepreneur ou d’association ne permet pas, à elle seule, de choisir un délai unique.
Facture électronique : gardez le fichier reçu ou émis
Conservez le format informatique original, même si vous créez une autre version pour la lecture ou votre gestion. Imprimer une facture électronique ne remplace pas sa conservation informatique. Le BOFiP donne notamment le cas d’un XML conservé parallèlement à sa conversion en PDF. Source : BOFiP, conservation des factures électroniques, paragraphes 160 à 200.
Dans votre procédure, identifiez le fichier de référence et les éventuelles pièces associées à chaque flux. Pour un fichier Factur-X, contrôlez que vous récupérez le document complet avec ses données embarquées. Pour des flux UBL ou CII, faites démontrer l’export du fichier structuré et sa lecture : ces formats ne doivent pas être confondus avec un simple PDF.
Demandez à votre prestataire un exemple de restitution : fichier d’origine, représentation lisible et pièces associées disponibles. Essayez d’ouvrir cet export hors de l’interface habituelle. Vérifiez ce qui est effectivement récupérable au-delà de la présence d’un bouton « télécharger ».
Facture papier numérisée : un scan ordinaire ne suffit pas
La numérisation des factures papier relève de l’article A102 B-2 du LPF : reproduction fidèle, absence de traitement d’image, compression sans perte si utilisée, organisation documentée et contrôles internes. Il prévoit un PDF ou PDF/A-3, un dispositif d’intégrité parmi ceux autorisés et un horodatage des fichiers.
Vérifiez l’ensemble de cette procédure avant de décider de détruire un original papier. Une photographie lisible ou une empreinte calculée isolément ne démontre pas que toutes ces conditions sont satisfaites. Faites documenter par le responsable ou le prestataire la numérisation, ses contrôles et la conservation des éléments de preuve.
Classez les factures avec les justificatifs utiles
Organisez le dossier pour retrouver la facture et les documents expliquant l’opération : commande ou contrat, livraison ou réalisation, corrections et règlements selon le cas. La liste doit refléter vos activités ; tous les dossiers ne comportent pas les mêmes pièces.
Proposition de classement : entité juridique, exercice, achats ou ventes, puis référence du document. Ajoutez un index permettant la recherche par client ou fournisseur, date et montant. Séparez la facture de ses copies de travail, afin qu’une annotation interne ne remplace pas le fichier de référence.
Lorsqu’une facture est corrigée, gardez le lien avec le document correctif. Une liste d’écritures comptables ou un export de données de gestion ne remplace pas automatiquement l’ensemble des pièces à conserver. Vérifiez avec la personne chargée de la comptabilité ce qui doit pouvoir être présenté pour chaque dossier.
Distinguez sauvegarde, archivage et accès au logiciel
Une sauvegarde sert à restaurer des données après un incident ; l’archivage organise leur conservation et leur restitution dans le temps. Votre logiciel et votre prestataire peuvent participer à ces deux besoins, mais leur périmètre doit être décrit dans le contrat et vérifié en pratique.
- Durée : quelles pièces sont conservées, pendant combien de temps et à partir de quelle date ?
- Accès : qui peut consulter, exporter ou supprimer, et que se passe-t-il après résiliation ?
- Intégrité : quels contrôles et traces sont conservés, et comment les récupérer ?
- Restitution : quels fichiers, données et justificatifs sont exportables, dans quel délai et à quel coût ?
- Continuité : comment une restauration est-elle testée et qui intervient en cas de panne ?
Multiplier les copies réduit certains risques, mais ne les annule pas. Une suppression peut se propager entre espaces synchronisés. Définissez des droits adaptés et testez périodiquement une restauration sur un échantillon, en gardant la trace du résultat et des anomalies.
Pour l’accès en contrôle, le BOFiP parle d’un accès dans le meilleur délai ; il ne fixe pas dans ce passage une règle générale de restitution sous 24 heures. Faites préciser les modalités d’accès et le lieu de stockage, notamment en cas de serveur distant. Source : BOFiP, restitution et stockage, paragraphes 310 à 460.
Préparez le changement de logiciel ou la cessation d’activité
Avant de fermer un compte, testez une extraction de factures d’achats et de ventes, d’avoirs et de leurs justificatifs. Vérifiez les périodes, le nombre de documents, les références et leur ouverture. Conservez les résultats de contrôle et identifiez les pièces manquantes avant de couper l’accès.
Prévoyez un responsable, un emplacement de conservation et une procédure d’accès qui restent utilisables après le départ d’un collaborateur ou la fin de l’activité. La fermeture d’un abonnement ne doit pas entraîner la disparition des pièces encore à conserver ; elle ne signifie pas non plus qu’un nouveau délai uniforme commence pour tous les documents.
Votre contrôle pratique avant de valider l’archivage
Prenez trois dossiers fictifs ou des copies de test : une facture papier numérisée, une facture électronique et une facture corrigée. Pour chacun, retrouvez le document de référence, sa durée de conservation, les justificatifs utiles et la personne autorisée à le restituer. Recommencez depuis un export ou une restauration testée.
Pour les fonctions de création et de suivi des documents, découvrez le logiciel de facturation Kwixéo. Faites confirmer le périmètre exact de conservation, d’export et d’accès prévu dans votre offre. Un logiciel de facturation ne doit pas être présenté, sans preuve contractuelle et technique, comme un service d’archivage certifié de dix ans.
Le dossier facturation électronique traite le circuit et les obligations d’échange. Ce guide porte sur la conservation ; l’envoi d’une facture et son archivage répondent à deux besoins à vérifier séparément.
Questions fréquentes
Il ne remplace pas une obligation comptable de dix ans. Il faut aussi prendre en compte l’allongement fiscal voté pour les pièces dont le délai expire après le 1er janvier 2027. Vérifiez le point de départ et les obligations applicables avant toute suppression.
Non. La conservation du fichier informatique original reste nécessaire selon les règles applicables. Une impression peut faciliter la lecture mais ne remplace pas ce fichier. Vérifiez que votre export conserve les données et pièces associées requises.
Un scan ordinaire ne suffit pas. Vérifiez que la procédure respecte l’article A102 B-2 du LPF, notamment les exigences de reproduction, d’intégrité, d’horodatage et de contrôle. Conservez le papier tant que cette vérification n’est pas faite.
Pas à elle seule. Vérifiez les documents couverts, la durée, les preuves conservées, les droits, les possibilités de restitution et l’accès après résiliation. Un test de restauration et un test d’export permettent d’évaluer deux besoins différents.



