Une situation comptable au 30 juin permet de comparer le premier semestre au budget et d’ajuster la suite de l’exercice. Pour une TPE-PME qui n’a pas d’obligation particulière d’arrêté intermédiaire, c’est un outil interne de pilotage. Cette checklist comporte douze points, à planifier avec le comptable selon le volume et la qualité des données.
1. Rapprochement bancaire au 30 juin
- Récupérez les relevés de chaque compte au 30 juin.
- Pointez les opérations bancaires avec les écritures comptables.
- Identifiez les éléments en circulation et les opérations non enregistrées.
- Établissez l’état de rapprochement qui explique l’écart entre solde bancaire et solde comptable.
Sans rapprochement à jour, tous les indicateurs qui suivent seront faussés. Un outil d'open banking accélère drastiquement cette étape — beaucoup de logiciels de gestion intègrent désormais la connexion DSP2 directement.
2. Point créances clients : balance âgée détaillée
Éditer la balance âgée clients au 30/06 ventilée par tranche :
- Non échu
- 1 à 30 jours
- 31 à 60 jours
- 61 à 90 jours
- > 90 jours
- Litige
Analysez les retards et les indices de non-recouvrement créance par créance. Une dépréciation doit être justifiée et évaluée ; six mois d’ancienneté ne constituent pas un classement automatique en créance douteuse.
Pour le premier semestre 2026, un DSO simplifié peut être calculé ainsi : créances TTC ÷ CA TTC du semestre × 181 jours. Comparez-le à une période et une méthode cohérentes, puis examinez la balance âgée pour expliquer les écarts.
3. État des stocks et inventaire intermédiaire
- Contrôlez physiquement un périmètre de stock pertinent, selon sa valeur et son risque.
- Rapprochez les quantités avec le suivi et expliquez les écarts sans seuil universel de tolérance.
- Évaluez les éventuelles dépréciations selon l’état et la valeur des biens. L’inventaire intermédiaire complète le contrôle annuel requis pour les commerçants.
Pour les ateliers (garage, BTP), l'inventaire intermédiaire est aussi l'occasion de vérifier les consommables (pièces détachées, fournitures).
4. Plan de trésorerie 13 semaines glissant
C'est l'outil le plus puissant pour traverser sereinement le second semestre. Construire ou actualiser un plan de trésorerie à 13 semaines :
- Encaissements prévisionnels (carnet de commandes + créances échues à venir).
- Décaissements prévisionnels (échéances fournisseurs, salaires, charges sociales, TVA, impôts).
- Solde de trésorerie hebdomadaire prévisionnel.
- Identification des pics de tension (souvent septembre : charges sociales T3 + reprise d'activité).
Un solde prévisionnel négatif appelle une analyse anticipée : fiabilité des encaissements, dépenses ajustables et financements disponibles. N’attendez pas la date du manque de trésorerie pour discuter d’une solution.
5. Revue commerciale du semestre
Analyse du carnet de commandes et du chiffre d'affaires H1 :
- CA réalisé vs budget par produit / service.
- Top 10 clients : concentration, évolution vs H1 N-1.
- Pipeline H2 : devis en cours, taux de transformation, valeur pondérée.
- Identification des clients perdus et causes (prix, qualité, relation).
- Nouveaux clients gagnés : canal d'acquisition et coût d'acquisition.
Le CRM intégré au logiciel de gestion permet de sortir ces analyses sans ressaisie.
6. KPI mid-year : tableau de bord synthétique
Sortir un tableau de bord mid-year avec une dizaine d'indicateurs clés :
| Indicateur | Référence | Réalisé du semestre | Écart |
|---|---|---|---|
| CA HT | Budget du semestre, tenant compte de la saisonnalité | À renseigner | À calculer |
| Marge brute, EBE | Même périmètre et méthode | À renseigner | À expliquer |
| DSO, DPO | Période comparable | À renseigner | En jours |
| BFR, trésorerie | Budget et période comparable | À renseigner | En euros |
| Effectif, CA par salarié | Périmètre stable | À renseigner | À expliquer |
Comparer ces indicateurs avec H1 N-1 et avec le budget. Un écart > 10 % sur un KPI majeur appelle une analyse approfondie.
7. Point sur les taxes et cotisations à venir
Recenser les échéances fiscales et sociales du second semestre pour anticiper les sorties de trésorerie :
| Poste | Vérification à faire |
|---|---|
| IS | Acomptes et solde selon la date de clôture, le résultat et les dispenses applicables |
| TVA | Échéances propres au régime ; une entreprise en franchise n’a pas les mêmes déclarations |
| Cotisations sociales | Calendrier applicable à l’employeur ou à l’indépendant |
| CFE et CVAE | Assujettissement, exonérations, acomptes et échéances figurant au calendrier fiscal |
| Autres taxes | Obligations propres à l’activité et aux établissements |
Le pic de septembre (acompte IS + cotisations sociales de rentrée) est traditionnellement le plus tendu pour les TPE-PME.
8. Écritures de régularisation et estimations
Préparez les écritures utiles à la situation intermédiaire, en distinguant charges à payer, provisions, dépréciations et régularisations de période :
- Congés payés : évaluez les droits acquis non pris et les charges associées selon les règles applicables, sans utiliser un douzième de salaire annuel par mois acquis.
- Risques et charges : identifiez une obligation et estimez le montant selon le dossier.
- Clients et stocks : justifiez les dépréciations par des éléments concrets.
- Charges constatées d’avance : rattachez à la période suivante la part qui la concerne.
- Produits constatés d’avance : examinez les montants facturés pour des prestations non encore exécutées.
Ces écritures donnent une vision économique réaliste du semestre, au-delà de la simple comptabilité de caisse.
9. Préparer la situation comptable intermédiaire
Pour les sociétés qui pratiquent un arrêté intermédiaire formel (filiales de groupes consolidés, sociétés cotées, certains pactes d'actionnaires) :
- Établir bilan et compte de résultat au 30/06.
- Calculer l'IS prévisionnel à mi-année.
- Vérifier l'affectation analytique (charges directes / indirectes).
- Préparer les annexes : engagements hors bilan, hypothèses de continuité d'exploitation.
Pour la grande majorité des TPE-PME, l'arrêté semestriel reste interne et n'impose pas de liasse fiscale officielle.
10. Sauvegarde et archivage
Étape souvent négligée mais critique :
- Sauvegarde complète des données comptables et de facturation (export PDF + données structurées).
- Archivage des pièces justificatives du semestre : factures émises et reçues, contrats, PV de réception (BTP), bons de commande.
- Durée légale : 10 ans pour les pièces comptables (art. L.123-22 Code commerce), 6 ans pour les pièces fiscales (art. L.102 B LPF).
- Hébergement conforme : si SaaS, vérifier le RGPD et la localisation des données (idéalement UE).
L'archivage anticipé évite le marathon de fin d'année et fluidifie une éventuelle inspection fiscale.
11. Communication avec les parties prenantes
Une clôture semestrielle bien menée se traduit aussi par une communication structurée auprès des interlocuteurs clés. Ne laissez pas l'effort se diluer dans des fichiers Excel jamais ouverts.
Comité de pilotage interne : convoquez un point de 90 minutes courant juillet réunissant dirigeant, comptable, responsable commercial et responsable opérationnel. Présentez le tableau de bord H1 (CA, marge, DSO, BFR, trésorerie nette) avec les écarts vs budget et N-1. Validez les décisions correctives à appliquer dès août : actions de relance prioritaires, ajustements tarifaires, mise en pause de certains investissements, accélération sur un canal d'acquisition qui surperforme.
Transmettez au cabinet les comptes intermédiaires et les points ouverts dès qu’ils sont disponibles. Cela permet d’examiner les dépréciations, les régularisations et les cas de TVA avant la clôture, sans garantir un nombre de semaines économisées.
Reporting actionnaires ou banque : si vous avez des associés minoritaires non opérationnels ou des covenants bancaires, transmettez un mémo de 2 pages avec les indicateurs clés H1 et la projection H2. La transparence en milieu d'exercice rassure les financeurs et facilite les négociations futures (lignes de découvert, financement de croissance).
Échanges avec les principaux clients : profitez de la période plus calme pour appeler vos top 10 clients en CA. Validation des projets H2, anticipation des renouvellements, point sur la satisfaction. Ces appels n'ont pas vocation commerciale immédiate : ils consolident la relation, captent des signaux faibles (changement de prescripteur côté client, projet concurrent émergent) et préparent septembre.
12. Préparation budgétaire H2 ajustée
Réexaminez le budget annuel à mi-parcours. Conservez les hypothèses encore valables et ajustez celles que les résultats, les commandes ou les coûts rendent moins plausibles.
Méthode rapide : reprenez le budget initial, remplacez les chiffres H1 prévus par les réalisés H1 effectifs, puis réévaluez chaque ligne H2 en intégrant les enseignements du semestre. Si vous avez sous-performé en CA H1 de 8 %, êtes-vous capable de combler en H2 ou faut-il acter une révision à -4 % sur l'année ? Si la marge brute s'est dégradée de 2 points (hausse matières, mix produit défavorable), faut-il ajuster les prix de vente, renégocier les achats, ou accepter la baisse ?
Préparez un budget révisé et, si l’incertitude le justifie, plusieurs scénarios. Documentez les hypothèses et partagez les décisions avec les équipes. Le temps nécessaire dépend des données à réunir.
Conclusion
Les douze points de cette checklist donnent une structure à votre revue semestrielle. Adaptez le calendrier à la disponibilité des données et concentrez les actions sur les écarts expliqués, les risques de trésorerie et les décisions du second semestre.




