Le détail quantitatif estimatif, ou DQE, associe des quantités prévisionnelles à des prix unitaires pour chiffrer une offre de travaux. Souvent utilisé pour comparer les offres, il doit être cohérent avec le bordereau des prix et les documents techniques. Voici sa structure, un exemple de calcul et les vérifications avant remise de l'offre.
DQE, BPU, DPGF : ne pas confondre
Trois documents cohabitent souvent dans un même dossier, et la confusion est fréquente.
- BPU — Bordereau des prix unitaires : liste des prestations et de leurs prix unitaires. Dans un marché à prix unitaires, vérifiez les prix contractuels et les modalités de mesure des quantités exécutées.
- DPGF — Décomposition du prix global et forfaitaire : détail d'un prix forfaitaire. Sa valeur contractuelle et celle de ses quantités dépendent des pièces du marché.
- DQE — Détail quantitatif estimatif : application de quantités estimées aux prix unitaires pour évaluer une offre. Il est souvent non contractuel ; vérifiez la liste et la hiérarchie des pièces du marché.
Le mode de rémunération et les pièces contractuelles déterminent l'engagement. Ne concluez pas qu'un document est contractuel à partir de son seul intitulé.
La structure type d'un DQE
Un DQE bien construit suit une hiérarchie claire :
- Lot et sous-lot concernés.
- Code et description de chaque prestation.
- Unité et quantité estimée.
- Prix unitaire HT et montant HT de la ligne.
- Sous-totaux et total général HT.
- Récapitulatif de TVA et total TTC lorsqu'ils sont demandés.
L'unité de chaque prestation doit être sans ambiguïté. "Mur en parpaing" sans indication d'épaisseur ni unité expose à des litiges. Précisez "Mur en parpaing creux 20 cm, joints garnis, posé sur chape — m²".
Articulation avec le CCTP
Le CCTP (Cahier des clauses techniques particulières) décrit les ouvrages, matériaux et conditions de mise en œuvre. Le DQE en traduit le chiffrage. Vérifiez que les prestations et unités correspondent aux demandes techniques.
Une discipline simple : numérotez vos lignes DQE en miroir des articles du CCTP. Par exemple, l'article 3.2.1 du CCTP "Fondations superficielles béton C25/30" devient la ligne 3.2.1 du DQE. La cohérence facilite l'analyse des offres par le maître d'œuvre et limite les questions en cours de chantier.
Méthode de chiffrage : déboursé sec + frais + marge
Un prix unitaire ne sort pas du chapeau. Trois briques :
1. Le déboursé sec
C'est le coût de production d'un ouvrage : main-d'œuvre, matériaux, matériel.
- Main-d’œuvre : temps nécessaire multiplié par un coût horaire chargé calculé à partir de votre organisation.
- Matériaux : prix d’achat, transport, déchargement et pertes justifiées. Excluez la TVA récupérable ; incluez celle qui reste à votre charge.
- Matériel : coût de location ou d’utilisation interne, sans compter deux fois le même amortissement.
Pour une cloison, détaillez les plaques, l’ossature, l’isolant, les fixations et les temps de pose. Le coût dépend des spécifications, de l’accès et des achats ; une fourchette présentée comme moyenne ne remplace pas ce sous-détail.
2. Les frais de chantier et frais généraux
Au déboursé sec, on ajoute :
- Frais de chantier : encadrement, installations, sécurité et moyens communs non déjà affectés à un ouvrage.
- Frais généraux : part des coûts de structure à couvrir. Calculez leur répartition à partir de vos comptes et de votre volume d’activité.
3. Le bénéfice et l'aléa
Ajoutez ensuite une provision d'aléas justifiée et le résultat visé. Précisez si le pourcentage s'applique au coût ou au prix de vente : un taux de marge sur coût et un taux de marque sur vente ne donnent pas le même prix.
Calculez votre coefficient de vente à partir de vos coûts et de votre objectif. Les frais déjà intégrés au taux horaire ou aux prix d'achat ne doivent pas être ajoutés une seconde fois.
Cinq pièges classiques
Oublier les heures non productives
Distinguez les heures payées et le temps directement productif retenu dans le chiffrage. Intégrez préparation, installation, déplacements et nettoyage sans les compter une seconde fois dans les frais communs. Utilisez les temps constatés sur des chantiers comparables.
Sous-estimer les aléas
Identifiez les risques de rénovation : réseaux cachés, état des supports, accès ou diagnostic incomplet. Chiffrez une provision de risque justifiée et précisez les limites de l’offre ; aucun pourcentage unique ne couvre tous les chantiers.
Mal coter les unités
"Évacuation des gravats : forfait" — combien de mètres cubes ? Quel mode (benne, big-bag) ? Quelle distance de la déchetterie ? Sans précisions, le prix unitaire n'a pas de sens et l'avenant est garanti.
Ne pas anticiper les révisions de prix
Lisez les clauses d'actualisation et de révision avant de chiffrer. En marché public, la durée de trois mois ne rend pas à elle seule toute révision obligatoire : les règles dépendent du type de prix et des prestations. Une entreprise ne peut pas ajouter librement une formule contraire au dossier de consultation.
Confondre HT et TTC
Le DQE se présente en HT ligne par ligne, avec un récapitulatif TVA en fin de document. Mélanger des HT et TTC dans le même tableau est une erreur grave qui décrédibilise votre offre.
Exemple chiffré : un DQE pour la pose de cloisons
Imaginons un appel d'offres pour la rénovation d'un plateau de bureaux : 320 m² de cloisons BA13 sur ossature métallique, hauteur 2,70 m.
| Désignation | Unité | Quantité | PU HT | Total HT |
|---|---|---|---|---|
| Implantation et traçage | ml | 180 | 3,20 € | 576,00 € |
| Cloison BA13 72 mm, isolation laine minérale | m² | 320 | 48,50 € | 15 520,00 € |
| Renforts huisseries (45 portes) | U | 45 | 28,00 € | 1 260,00 € |
| Habillage de poteaux et angles | ml | 28 | 22,00 € | 616,00 € |
| Bandes, enduit, ponçage | m² | 320 | 9,80 € | 3 136,00 € |
| Nettoyage et évacuation gravats | forfait | 1 | 850,00 € | 850,00 € |
| Total lot HT | 21 958,00 € |
Cet exemple fictif porte sur des bureaux : le taux de TVA usuel est de 20 %. Le taux réduit de rénovation des logements ne découle pas du seul fait qu'il s'agit de travaux. Le total de 21 958 € HT doit inclure tous les postes prévus sans double facturation des installations. Un écart de 2 € par mètre carré sur 320 m² représente 640 € HT.
Outils et industrialisation
Un DQE manuel sous Excel reste possible pour une petite affaire. Au-delà, un logiciel de gestion de chantier offre :
- Réutiliser une bibliothèque de prix contrôlés.
- Suivre les écarts entre chiffrage et exécution.
- Préparer les documents d’avancement et rapprocher les sommes facturées.
- Vérifier les formats exigés par la consultation et les exports réellement proposés par le logiciel. Le DGD dépend aussi du circuit contractuel de validation.
Conservez les chiffrages et les écarts constatés pour améliorer les prochains devis. Une bibliothèque n'est utile que si ses prix et ses temps de réalisation sont actualisés.
Conclusion
Un DQE utile décrit les ouvrages, emploie les bonnes unités et applique des prix cohérents avec vos coûts. Avant l'envoi, contrôlez les quantités, les totaux et la portée contractuelle des pièces. Après le chantier, comparez le prévu et le réalisé pour affiner le chiffrage suivant.




